J'oublie des fois combien je suis gâtée, ayant un toit à moi seule (sinon sur papier en réelle au moins) sur ma tête, personne pour me dire ce que je dois faire.
Samedi dernière, peut-être la trois ou quatrième fois, après avoir fait deux heures chez mon fils, Martine est arrivée chez moi. Je n'avais pas besoin de son aide, mais elle... n'avait pas où aller.
Elle est restée toute l'après-midi, et quand je me suis mise à mon ordinateur, elle s'est endormi dans le fauteuil. Plus tard, comme il faisait très chaud, elle est sortie se laver un peu à l'arrosoir du jardin. j'ai réussi à prendre dans un second ses pieds luissants, humides et cette photo me restera.
Martine est arrrivée de Congo il y a quatre ans et habite chez sa cousine mariée. Depuis que Charlotte, sa tante est décedée, j'ai l'impression que ladite cousine lui mène la vie dure. Samedi doit être la seule journée quand elle ne travaille pas de matin au soir pour garder un bébé et faire le menage, mais si elle retourne "chez soi" elle doit continuer à travailler. Elle préfère rester chez moi.

C'est dur et cela coûte cher de trouver un chez soi, surtout que probablement ses papiers ne sont pas tout à fait en regle non plus encore. Elle va partir bientôt à Toulouse, chez sa soeur, où elle aura plus de tranquilité.
Un peu comme madame Filipetto, de temps en temps elle me dérange, mais en fait elle me manquera quand elle ne sera plus ici. De madame Filipetto il me reste ses énormes roses trèmières qu'elle a planté et les souvenirs de ses récits, de Martine, va me rester cette image, même plus que son visage. Elle m'a invité d'ailleurs la visiter et habiter quelques jours avec eux et promis qu'elles vont me promener à Toulouse.

Je paye ce matin (et pendant la nuit) les trois heures de promenades vers le marché et au marché, mon genoux me dit que j'ai exagéré, mais j'ai un toit tranquille et une maison silencieuse, un jardin où Martine a même élaguée un peu des bignones qui étaient prétes à entrer jusqu'à ma fenêtre.
Après six heures, je lui avais dit que je veux me coucher, c'était vrai, il faisait très chaude et je me suis sentie épuisée. Et, après six heures de visite, je voulais de nouveau être seule, aussi. On n'est jamais assez bonne, hélas, mais j'étais levée vraiment samedi dès quatre heures de matin et je me couche souvent très tôt.
En tout cas, comme dit souvent Martine, depuis que je la connais, elle est devenue plus belle. Peut-être aussi d'avoir trouvé quelqu'un, qui l'apprécie - mais pas assez pour lui offrir une place à vivre.
C'est ainsi la vie.